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Interview : Vern Cotter

Le 30 juin 2017

Le Montpellier Hérault Rugby prépare activement sa rentrée, prévue ce lundi 3 juillet. Au moment de retrouver le chemin des vestiaires, le nouveau manager Vern Cotter se livre sur son état d'esprit, ses ambitions et ses objectifs au sein de son nouveau club.

Vern, vous voilà arrivé dans votre nouveau club. Quelles sont vos premières impressions ?

Je suis content d’être là. Il y a un vrai projet qui a été mis en place par le président Mohed Altrad. On sent qu’il y a beaucoup d’ambition. Il y a une équipe solide ici, les gens sont ouverts à des idées nouvelles. C’est un milieu sain, chacun a envie de faire quelque chose de grand. Il faut mettre en place une dynamique : notre travail est de fédérer, de faire venir le monde au stade. Notre vision est de proposer un spectacle sur le terrain, quelque chose qui puisse lier les joueurs et les supporters pour que les gens qui ne savent pas quoi faire le weekend viennent au stade ! Le projet est déjà en place, maintenant, notre but est de le réaliser. J’ai hâte de démarrer.

Vous avez joué, puis entraîné de nombreuses années en France. Ce pays vous manquait-il ?

Forcément, j’ai passé en tout dix-sept ans en France : neuf en tant que joueur et huit en tant qu’entraîneur. La France a eu une grosse influence sur ma vie, humainement et rugbystiquement. Mais elle a aussi influencé celle de ma famille : nous avons tous la nationalité française, d’ailleurs, notre petite dernière est née à Clermont. C’est toujours un plaisir de retrouver la France, j’ai de très bons amis ici, des gens que je connais depuis vingt-cinq ans. Mais c’est surtout important pour moi de revenir dans un club ambitieux. Le Top 14 est une compétition difficile, mais la confiance est la base de tout : à partir du moment où l’on est entouré de personnes compétentes et cohérentes, on peut travailler.

C’est un nouveau cycle qui s’amorce à Montpellier avec un changement de staff et l’arrivée de recrues importantes.

Nous allons travailler ensemble, construire tout ce qu’il faut pour trouver une certaine cohérence sur le terrain, une clarté dans ce qu’on veut mettre en place. Il va falloir fixer des objectifs bien clairs, de manière à ce que ce soit facile pour tout le monde de s’intégrer. Au niveau du recrutement, il y avait déjà un effectif de haut niveau. Nous avons renforcé notre puissance avec Louis Picamoles et Martin Devergie, deux enfants du pays. Yacouba Camara, international français, viendra lui aussi apporter ses qualités. Même chose à la charnière avec les venues de Ruan Pienaar et Aaron Cruden, des joueurs qui viendront partager leur expérience avec Benoît Paillaugue et Thomas Darmon. C’est pour cela que nous avons choisi ces joueurs. Il y a également Julien Bardy, que j’ai entraîné à Clermont. C’est un guerrier, et il en faut car le Top 14 est de plus en plus physique. Nous avons construit un effectif capable de rivaliser avec les grosses cylindrées comme Clermont, Toulon, La Rochelle, le Racing 92, ou le Stade Toulousain.

Quels sont vos objectifs pour ces trois saisons à Montpellier ?

Pour moi, c’est très simple : il s’agit de s’améliorer dans tous les secteurs : technique, tactique, physique, psychologique, nutritionnel… Dans notre façon de vivre également : pourquoi on se lève le matin et on va au travail. Il faut une volonté de s’améliorer de jour en jour. Pas besoin de crier haut et fort nos objectifs. Nous sommes des compétiteurs, nous sommes ambitieux. En revanche, il faut démarrer avec une idée de la façon dont on veut jouer, une idée sur laquelle on peut se baser. Il y a une règle importante dans la vie, c’est que tout change perpétuellement : il faut être prêt à s’adapter, à évoluer, être capable de trouver un moyen de s’améliorer. Ainsi, petit à petit, on va hausser notre niveau de jeu et si ce niveau nous permet de gagner des matchs importants, alors tant mieux, parce que c’est pour ça qu’on est là.

Que pouvez-vous nous dire sur l’effectif du MHR à l’aube de cette saison 2017/2018 ?

Je ne connais les joueurs que par réputation, et c’est la même chose pour eux. Nous allons nous découvrir. Comme dans chaque équipe, il y aura des moments de frustration. C’est dans ce genre de moments que l’on découvre vraiment le caractère des gens. Il faut une base solide, une bonne culture avec des caractères forts. Il y aura des moments difficiles cette saison, et c’est normal, car elle sera longue et nous affronterons de bonnes équipes. Il faudra que les leaders prennent leurs responsabilités. À moi de découvrir qui ils sont et comment les utiliser. Nous aurons également besoin de développer les jeunes joueurs en manque de confiance, de façon à avoir un groupe homogène d’une cinquantaine de joueurs, avec quelques talents issus du centre de formation. L’effectif doit être un bon mélange. Le but est simple : réussir ce que personne n’a encore réussi à Montpellier, à savoir remporter le Top 14. Ce sera un élément majeur dans notre façon de « driver » ce qu’on fait. Mais ceux qui auront les clés du camion, ce seront les joueurs, notamment des hommes expérimentés sur lesquels on va s’appuyer comme Benoît Paillaugue, Bismarck Du Plessis, Alexandre Dumoulin, François Steyn ou Louis Picamoles. Nous voulons une équipe autonome qui soit capable de s’adapter, de travailler dans le chaos. Les leviers de performance sont nombreux, il va falloir travailler pour les actionner les uns après les autres et ainsi faire de bonnes performances. Ça passe par les leaders, mais aussi par l’enthousiasme des jeunes qui vous nous apporter de l’envie et du punch.

De nombreux joueurs Espoirs participent à la préparation physique avec le groupe professionnel. Est-ce une volonté de votre part de faire participer les jeunes ?

Bien sûr. Le centre de formation du MHR est réputé pour ses performances depuis des années. On veut encourager les jeunes à venir et travailler avec nous. C’est l’opportunité pour nous de se faire une idée de leur niveau, et de voir s’ils ont le niveau nécessaire pour jouer en haut de tableau du Top 14 ou en Coupe d’Europe. Je suis très content de voir ces jeunes. Je pense que c’est nécessaire pour un jeune joueur, qui apprend son métier, de monter avec les professionnels. S’il a vraiment envie, il va voir la différence et s’appuyer sur ça pour s’accrocher et y arriver !

Entre Top 14 et Champions Cup, c’est un calendrier difficile qui s’annonce et qu’il faudra gérer au mieux. Le MHR version Cotter peut-il jouer sur les deux tableaux ?

On sait que dans ce métier, il n’y a aucune garantie. Mais on veut être compétitif : se qualifier en Champions Cup et finir dans les six premiers en Top 14. Il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler, donc ce n’est pas la peine de perdre de l’énergie là-dessus. On va se focaliser sur ce qu’on peut faire pour être dans les meilleures dispositions au bon moment et monter en puissance quand arrivera la Coupe d’Europe. On tombe dans une poule difficile avec Exeter, le champion d’Angleterre, le Leinster qui a trois étoiles sur son maillot, et Glasgow qui est quasiment l’équipe d’Ecosse. Mais c’est dans le sang des compétiteurs de vouloir gagner quand on porte le maillot. La saison sera longue et il va falloir bien la gérer, nous en sommes conscients.

Vous êtes très attendu par les supporters montpelliérains. Est-ce une source de pression pour vous ?

Je reste focalisé sur ce qu’on doit faire pour être meilleur. Avec Alex, Nathan, Ian et Richie, nous sommes, selon moi, une équipe d’entraîneurs très compétente. Avoir un peu de pression, c’est une bonne chose, mais je préfère la transférer sur l’adversaire ! On va travailler pour ça, mais ce que je ressens, c’est plutôt de l’excitation. On est des compétiteurs, on va se nourrir de cette envie de gagner, et il faut que nos supporters le ressentent également. Il y aura des matchs riches en émotion, c’est certain. A nous de faire une belle saison !

Que faites-vous lorsque vous n’êtes pas au travail ?

En premier lieu, m’occuper de ma famille et passer du temps avec eux car c’est vrai que le rugby est très prenant. A part ça, j’aime bien les grands espaces : la montagne, faire de la moto, un peu de chasse aussi de temps en temps… Des choses assez classiques !