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Rugby et travail, les filles du Fonds de Dotation mènent tout de front

Mercredi 12 Février 2014
Le mardii 25 Février, au stade Yves du Manoir, aura lieu la 3ème soirée débat organisée par le Fonds de Dotation Montpellier Rugby qui aura pour thème "La place des femmes dans le sport". A cette occasion, et pour illustrer ce propos d’actualité, nous sommes allés à la rencontre de Jennifer Troncy et Gaëlle Mignot, toutes deux salariées du Fonds de Dotation, joueuses et internationales de rugby. Rencontre.
 
MHR : Pour commencer, pouvez-vous vous présenter.
 
Jennifer Troncy : J’ai 28 ans, j’ai commencé le rugby à l’âge de 7 ans, à Bagnols sur Cèze, dans le Gard, avec mon frère jumeau. J’ai ensuite intégré l’équipe féminine à 16 ans et demi. En parallèle de ça, j’ai fait un BP JEPS sports collectifs et je suis venue à Montpellier dans le cadre de mes études.
 
Gaëlle Mignot : J’ai 26 ans, je suis originaire de Dordogne où j’ai commencé le rugby à 7 ans, avec les garçons de l’école de rugby. J’ai intégré les féminines à 16 ans et je suis à Montpellier depuis 6 ans. En ce qui concerne ma formation, j’ai fait 3 ans de STAPS et depuis l’an dernier, je suis titulaire d’un DE Rugby.
 
MHR : Quelles sont vos missions au sein du Fonds de Dotation ?
 
Jennifer Troncy : Dans un premier temps, nous intervenons en milieu scolaire puis, nous organisons les stages « Rugby et Culture » pendant les vacances scolaires ainsi que des stages d’été. Par ailleurs, nous nous occupons d’Ovalie Pitchous les week-ends de match à domicile. 
 
Gaëlle Mignot : Pour ma part, j’ai aussi la mission de mettre en place des cycles rugby à destination du monde du handicap. 
 
MHR : On l’a dit vous êtes toutes les deux joueuses au MRC, joueuses de l’équipe de France et salariées du Fond de Dotation. Comment faites-vous pour concilier toutes vos vies ?
 
Gaëlle : C’est une organisation perpétuelle ! Il faut réussir à concilier notre emploi du temps de salariée, nous travaillons 35 heures par semaine  comme tout un chacun, et nos entrainements. Etant donné que nous sommes internationales, la pratique du rugby est quotidienne. Suivant nos obligations, nous nous entrainons soit le matin avant de venir au travail, soit entre midi et deux, soit le soir. Il faut pouvoir s’adapter. 
 
MHR : Est-ce difficile d’être salariée avec le rythme qu’impose les calendriers du rugby ?
 
Jennifer : D’un point de vue professionnel, jusqu’à l’année dernière, la FFR n’indemnisait pas notre employeur donc nous posions des jours de congés pour partir avec les Bleues. Aujourd’hui, la Fédération verse des indemnités ce qui nous permet d’être remplacées quand nous ne sommes pas là. D’une manière générale, il faut travailler en amont de façon à finaliser les projets en cours avant de partir jouer. Cela nécessite une petite gymnastique mais cela se passe bien. 
 
MHR : Est-ce que votre Direction vous accompagne dans cette double carrière ?
 
Jennifer Troncy : Oui,  le Fonds de Dotation nous accompagne dans notre carrière. Même l’an passé, lorsque la FFR ne dédommageait pas encore notre employeur, nous n’avons jamais eu de problème à honorer nos sélections malgré les complications que cela a engendrait. 
 
MHR : Vous jouez et vous travaillez dans le monde du rugby. Est-ce que parfois vous n’en avez pas assez ?
 
Jennifer : Je ne me suis jamais posée la question ! Après mes journées de travail, j’ai besoin de me défouler et je fais ça avec grand bonheur sur un terrain de rugby. J’y penserai quand j’arriverai en fin de carrière…
 
Gaëlle : Avec le rythme imposé, moi j’y pense… Tout du moins, se pose la question d’une carrière internationale… Je ne conçois pas de jouer à haut niveau sans donner le maximum. C’est ce que je fais aujourd’hui et ça ne me laisse que peu de temps pour aller voir ma famille. J’ai la Coupe du Monde en ligne de mire. En fonction de ce qu’il se passera à ce moment-là, je prendrai une décision.
 
MHR : Quel regard votre entourage porte-t-il sur vos carrières ?
 
Gaëlle : Ils sont très fiers de ma carrière rugbystique car j’ai atteint ce qui se fait de mieux dans le rugby féminin, à savoir l’Equipe de France. Après, au niveau professionnel, ils m’encouragent à viser toujours plus haut, à entreprendre des projets toujours plus ambitieux dans le but de grimper dans l’échelle sociale. 
 
MHR : Plus globalement, le sport féminin souffre d’un manque de reconnaissance. A quoi cela est-il dû selon vous ?
 
Jennifer : A la base, le rugby est un sport d’homme et même si ça va mieux depuis quelques temps, il va falloir du temps pour que ça rentre dans les mœurs. C’est ce qu’il s’est passé pour le football féminin. 
 
Gaëlle : On a une image qui nous colle à la peau, celle de ne pas être féminines, de ne pas pouvoir faire du rugby parce que c’est réservé aux garçons. Les sports de combat font « peur ». Arriver le lundi matin au travail après avoir pris un coup sur la figure, quand on travaille dans un bureau, ça peut gêner les employeurs. Mais grâce à nos résultats, notre sport commence à devenir de plus en plus médiatique. Nous rentrons du Tournoi des 6 Nations et la rencontre France – Angleterre a été suivie par 700 000 téléspectateurs ! C’est presque autant qu’un petit match de Top 14 ! C’est encourageant mais nous n’avons pas le droit à l’erreur. Il faut que nos matchs donnent envie au plus grand nombre de nous soutenir lors de la prochaine Coupe du Monde, en Août. J’espère que cela sera un tremplin pour nous, que nous serons plus reconnues. 
 
MHR : Pour finir, vous êtes joueuses mais aussi passionnées de rugby. Suivez-vous l’équipe masculine ?
 
Jennifer : Oui forcément, on fait partie du même club donc dès qu’il y a un match, on est devant la télé et on suit bien évidemment les résultats. 
 
Gaëlle : Le rugby c’est notre quotidien. J’entraine aussi une équipe de garçons cadets et c’est important de regarder ce qui se fait chez les garçons, de suivre les résultats du club de Montpellier. Notre ville est une ville sportive et c’est important de supporter sa ville.
 
MHR : Merci beaucoup et bonne chance pour la suite du Tournoi !